The Message Of Islam Can Be Made Perfectly Clear Without Recourse To Violence

Mahmoud Hussein Ecrivain, essayist. Pseudonym of Adel Rifaat and Bahgat Elnadi, French-Egyptian intellectuals. After the controversial “lesson” of Benedict XVI on Islam at Ratisbonne, the question of the place of speech and of the sword in the propagation of religions is asked more than ever. How does the life of Mohammed make clear for another time the reading of the Quran? Apr_s la ” le_on ” controvers_e de Beno_t XVI sur l’islam, _ Ratisbonne, la question de la place de la parole, de l’exemple et de l’_p_e dans la propagation des religions est plus que jamais pos_e. Ou comment la vie de Mahomet _claire d’un nouveau jour la lecture du Coran… {(continued below in French)} Vous venez de passer dix ans dans l’intimit_ du proph_te de l’islam, pour r_aliser une monumentale synth_se de la S_ra, sa vie d’apr_s les t_moignages de ses compagnons. La phrase du pape citant Manuel II Pal_ologue, selon lequel Mahomet a propag_ sa foi par l’_p_e, rec_le-t-elle une part de v_rit_ ? Si le pape avait dit que ce n’_tait l_ qu’une part de v_rit_, cela n’aurait choqu_ personne, car le Proph_te a propag_ l’islam, selon les circonstances, par la parole, par l’exemple et aussi par l’_p_e. Mais le pape a cit_ une phrase qui r_duit l’islam _ la violence et laiss_ entendre que cette violence lui _tait consubstantielle, parce que la raison lui _tait _trang_re. Cette phrase r_v_le une ignorance des valeurs spirituelles que l’islam a apport_es aux peuples qui l’ont embrass_, comme de la grandeur des si_cles o_ islam a rim_ avec libert_ de conscience, de recherche et d’exp_rimentation scientifique. Pour expliquer l’histoire, il ne sert _ rien de scruter les textes, car ils sont toujours interpr_t_s, dans toutes les religions, en fonction de circonstances historiques concr_tes. La violence des croisades, de l’Inquisition, de la conqu_te des Am_riques, n’est pas inscrite dans les Evangiles, mais elle a eu lieu et elle a _t_ justifi_e par une interpr_tation tendancieuse de ces textes. Que nous dit la S_ra sur la question de la violence en islam ? La S_ra nous permet de plonger dans le contexte historique. A La Mecque, prot_g_ par son clan, Muhammad – Mahomet – a pu propager l’islam par la r_citation du Coran et par la r_ponse aux interrogations qu’il suscitait. Mais au bout de douze ans, sentant sa petite communaut_ menac_e, il a d_ _migrer _ M_dine. L_, il s’est trouv_ directement confront_ _ la logique tribale de l’Arabie du VIIe si_cle, o_ les divergences ne pouvaient _tre r_gl_es que par des compromis ou par la guerre. Le monoth_isme musulman ne pouvant faire l’objet de compromis avec le polyth_isme, la guerre _tait in_vitable. Mais il faut ici rappeler le formidable enjeu de ce combat. Le Proph_te a voulu tirer les Arabes d’un univers born_ par les all_geances claniques et un paganisme sommaire, pour leur offrir de vastes horizons eschatologiques, spirituels et intellectuels totalement inconnus d’eux. Il a _largi leurs perspectives aux dimensions de l’histoire, celle de la Cr_ation, celle de l’humanit_, celle de la continuit_ des religions r_v_l_es. Et il a amen_ chaque homme – et chaque femme – _ se forger une conscience personnelle, par o_ ils devenaient comptables devant Dieu de leurs choix individuels. En quoi la vie de Mahomet _claire-t-elle la lecture du Coran ? Pour de nombreux fid_les, le texte sacr_ est _ prendre en entier, il vient de Dieu, il est ” incr?_ “. C’est une _cole de pens_e parmi d’autres, ce n’est pas la seule. Mais il est vrai qu’elle p_se lourd, aujourd’hui, notamment _ travers le wahhabisme. La S_ra appara_t comme une grille de lecture lib_ratrice _ partir de laquelle le croyant peut r_pondre au wahhabisme. Elle nous montre le Coran en train de se faire, dans le temps. Le Coran a _t_ r_v_l_ _ Muhammad tout au long de vingt-deux ann_es, de 610 _ 632, dans des circonstances changeantes. De tr_s nombreux versets sont litt_ralement descendus du ciel en r_ponse _ des questions pos_es par le Proph_te, _ des attentes exprim_es par ses compagnons. Il est le fruit de ce va-et-vient incessant entre interrogations montant de la terre et prescriptions descendant du ciel. Vous _tes en train de nous dire, au fond, que le Coran n’est pas un ensemble de prescriptions intangibles, immuables, et qu’en lisant la S_ra on trouve une contextualisation du Coran qui devrait _tre poursuivie aujourd’hui ? Exactement. Cette contextualisation permet une lecture vivante du Coran. Prenons un exemple entre tant d’autres de cette imbrication du texte et de la vie. Il concerne l’interdiction du vin. L’alcool obscurcissant l’esprit des croyants, Umar, l’un des principaux lieutenants du Proph_te, lui demande un verset sur la question. Le premier verset se contente de dire que, dans le vin, ” le p_ch_ l’emporte sur les avantages “. Cela ne suffit pas _ dissuader les croyants de boire. Umar revient _ la charge. Un deuxi_me verset ” descend “, interdisant d'” approcher la pri_re en _tat d’ivresse “. Il ne r_gle rien. Umar insiste encore. Le troisi_me verset est d_finitif : le vin est une ” souillure “, au moyen de laquelle ” Satan veut d_tourner le croyant du rappel de Dieu “. Le Coran a d’ailleurs ent_rin_ le principe selon lequel certains versets pouvaient _tre abrog_s par d’autres. Comment ne pas y voir un processus vivant, par o_ la parole de Dieu s’est, en quelque sorte, ” corrig_e ” elle-m_me face _ des attentes humaines ? De nombreux versets ont une port_e g_n_rale, mais d’autres se rapportent _ des cas personnels, _ des probl_mes circonstanciels, ne pouvant en aucune mani_re _tre transpos_s au XXIe si_cle. Par exemple : l’esclavage, le butin de guerre, la mise _ mort des vaincus, la polygamie, les ch_timents corporels, autant de pratiques li_es _ une _poque r_volue. Le Coran marque par l_ que, dans la conscience humaine, l’universel est indissociable du particulier, le g_n_ral impensable hors du circonstanciel. Ce ne peut _tre pour inciter le croyant _ confondre les deux ordres, mais pour l’appeler au contraire, _ chaque _tape, _ faire la part de ce qui concerne pour toujours l’ensemble de l’humanit_ et ce qui, s’adressant en particulier aux Arabes du VIIe si_cle, ne peut plus concerner le XXIe si_cle. Mais ce discours est inaudible pour neuf musulmans sur dix ! Pas si s_r. Ceux qui exigent une lecture litt_raliste du Coran tentent de nous ramener _ une _poque o_, pour un musulman, comme pour un juif ou un chr_tien d’ailleurs, l’univers _tait divinis_ et o_ la vie sur terre n’avait pas de valeur intrins_que, n’_tait qu’un instant suspendu au flanc de l’_ternit_. Dans le village mondial d’aujourd’hui, l’immense majorit_ des gens, y compris en pays d’islam, a d_pass_ cet horizon intellectuel. L’aventure ici-bas compte d_sormais pour elle-m_me. La plupart des _tres humains accordent une valeur essentielle _ leur vie terrestre, _ ce qui peut la rendre plus libre et plus juste, _ la recherche d’une certaine mesure de bonheur. Les musulmans ne font pas exception. Au cours du XXe si_cle, jusqu’aux ann_es 1980, la grande majorit_ des chefs d’Etat musulmans ont souscrit aux exigences de ces donn_es nouvelles. Les Nasser, Bourguiba, Boumedi_ne, Soekarno, Jinah ont s_cularis_ l’espace public, ils ont s_par_ le politique du religieux, la notion de citoyen est venue se superposer _ celle de croyant, la femme a acc_d_ aux charges publiques, _ la vie professionnelle. Les peuples ont commenc_ _ vibrer aux mots d’ordre temporels de la lutte contre l’imp_rialisme, de l’affirmation de l’identit_ nationale, de la lib_ration politique et _conomique. Mais les dirigeants de cette g_n_ration ” s_culi_re ” ont _chou_ _ r_aliser ces buts, laissant des identit_s nationales en berne et des r_ves de renaissance bris_s. C’est dans cette br_che que les int_gristes tentent de s’engouffrer pour ramener la conscience musulmane en arri_re… Et que dire des islamistes les plus violents, qui voudraient refaire le monde _ coups d’attentats aveugles ? Il faut dire et marteler que ces gens contredisent et la lettre et l’esprit de l’enseignement proph_tique. Dans le monde d’aujourd’hui, la parole de l’islam peut parfaitement _tre port_e pacifiquement, sans recours _ la violence
, comme durant la p_riode mecquoise de la vie du Proph_te. D’autre part, de quelle violence parle-t-on ? Lorsque Muhammad s’est battu, ce fut toujours contre des guerriers, des hommes en _ge de se battre. Lancer des bombes ou se faire sauter au milieu d’une foule, tuant aveugl_ment hommes, femmes, enfants de toutes religions, cela va _ l’encontre de l’interdit coranique absolu de tuer des musulmans et _ l’encontre de l’interdit, tout aussi absolu, maintes fois prononc_ par le Proph_te, de tuer des femmes et des enfants, de quelque religion qu’ils soient. Comment lutter contre cette r_gression ? Pour isoler les int_gristes de la masse des musulmans, il faut deux conditions. D’une part, que la politique occidentale, et singuli_rement celle de l’Am_rique, ne vienne pas constamment renforcer les extr_mistes par des initiatives insultant l’islam, exclusivement centr_es sur la lutte antiterroriste, d_connect_e de tout souci de r_tablir des r_gles de droit et d’_quit_ internationales. D’autre part, que les intellectuels musulmans fassent le n_cessaire travail sur eux-m_mes, pour rejeter toute lecture du Coran qui tend _ ramener les consciences _ des temps r_volus. En leur pr_sentant un condens_ enfin accessible de la S_ra, nous ne faisons que rappeler aux musulmans ce devoir auquel le Coran les appelle : lire et m_diter personnellement la parole de Dieu, afin de la comprendre par eux-m_mes et de l’appliquer librement, en fonction des exigences toujours renouvel_es de la vie. Les musulmans, comme tous les _tres humains, sont individuellement et pleinement responsables de leurs choix.