Switzerland: A Quoi Sert Un Minaret? Le Débat Sémantique Vire À La Polémique

By Catherine Cossy SUISSE. Confin_es dans des halles industrielles, deux communaut_s musulmanes, _ Wangen et _ Langenthal, souhaitent plus de visibilit_ pour leur lieu de culte. Mais les oppositions se multiplier. La premi_re mosqu_e de Suisse a _t_ inaugur_e en 1963 sur les hauts de la ville de Zurich, en pr_sence du maire de l’_poque. Et depuis plus de quarante ans, sa coupole blanche et son minaret de 15 m_tres surmont_ d’un croissant de lune font partie de l’image de ce quartier d’habitation tranquille. La gracile tourelle a une fonction symbolique, comme celle de Gen_ve, les deux seuls minarets existant actuellement en Suisse pour une communaut_ de musulmans estim_e _ quelque 350000 personnes. A Wangen, commune soleuroise de 4700 habitants _ la sortie d’Olten, et _ Langenthal, gros bourg bernois de 14000 habitants, les autorit_s n’en sont pas encore _ d_rouler le tapis rouge. Pr_sent_s presque simultan_ment, les projets d’_riger un minaret de 6 m_tres _chauffent les esprits. Dans les deux cas, on est loin de la mosqu_e pimpante de la Forchstrasse _ Zurich. A Wangen, l’association culturelle turque d’Olten _Olten T_rk K_lt_r Ocagi_ se retrouve dans une ancienne halle de fabrique, juste en face de la gare. Le b_timent d’un _tage, situ_ dans une zone r_serv_e _ l’artisanat, sert de lieu de r_union et de pri_re. Les responsables parlent du minaret comme _signe visible de notre religion_. La commune a refus_ l’autorisation de construire, le D_partement des constructions du canton, premi_re instance de recours, vient de casser la d_cision. L’opposition est emmen_e par le vice-pr_sident de la section locale de l’UDC, Roland Kissling, qui a notamment r_colt_ pr_s de 400 signatures. _Nous sommes chr_tiens. Un minaret est une menace pour la paix religieuse. Et qui nous dit que les musulmans vont s’arr_ter l_ et ne vont pas installer un haut-parleur?_, argumente-t-il. Fin juin, le Parlement soleurois a rejet_ clairement une motion de l’UDC qui voulait interdire _la construction de b_timents religieux g_nants_. Opposants de tous bords A Langenthal, la proc_dure n’est pas encore aussi avanc_e, mais une coalition h_t_roclite d’opposants est d_j_ mobilis_e. On y retrouve l’UDC, mais aussi le Pnos -Parti nationaliste suisse d’extr_me droite, qui compte un repr_sentant au parlement de la cit_- et des milieux _vang_liques. La commune n’a pas encore pris de d_cision. Le centre de la communaut_ musulmane, compos_e majoritairement d’Albanais, se trouve depuis quatorze ans dans une sorte de pavillon d’un _tage, situ_ dans une zone mixte d’habitation et d’artisanat. L_ aussi, il est pr_vu d’installer un minaret, ainsi qu’une coupole translucide de un m_tre de diam_tre. Pas un hasard Le nouveau Conseil suisse des religions, fond_ en mai dernier, a _t_ pris de vitesse par la pol_mique. Il a pr_vu de consacrer sa premi_re s_ance, au mois d’ao_t, _ la question des minarets. Pour Hisham Maizar, si_geant comme pr_sident de la F_d_ration d’organisations islamiques en Suisse (FOIS), ce n’est pas un hasard si deux communaut_s projettent de construire un minaret. _La premi_re g_n_ration des _migrants musulmans ma_trisait _ peine la langue du pays. Leurs organisations se contentaient d’exprimer des besoins tr_s modestes. Maintenant, leur nombre a augment_, la deuxi_me, voire la troisi_me g_n_ration est install_e, elle est devenue plus courageuse. Ils parlent l’allemand, connaissent mieux le cadre l_gislatif. Ce ne sont d’ailleurs pas des demandes qui sortent du n_ant: il y a tout une _volution invisible jusque-l_ qui a eu lieu. D’autres demandes vont certainement suivre._ Hisham Maizar se veut rassurant: _Le minaret n’est pas le signe d’une radicalisation. C’est tout au plus le signe d’un attachement _ la tradition. Les extr_mistes ont d’autres besoins. Et chaque centre islamique ne va pas se doter d’un minaret. Pour les fid_les, ce symbole exprime un besoin de visibilit_. C’est d’autant plus important que la plupart des lieux de culte sont des b_timents en fait indignes de cette fonction, garage, ancienne fabrique, entrep_t en pleine zone industrielle. C’est un paradoxe: les touristes suisses vont admirer au sud de l’Espagne les merveilles architecturales laiss_es par les musulmans. Le mieux serait en fait de pouvoir _difier en Suisse une mosqu_e digne de ce nom, un b_timent d’une grande valeur artistique… Mais ce n’est pas r_aliste._ Refus d’int_gration Sa_da Keller Messahli, pr_sidente du Forum pour un islam progressiste, fait part de son scepticisme: _Nous postulons que la religion doit _tre quelque chose de priv_. Si le minaret n’est qu’un symbole, on peut tout aussi bien y renoncer. Une salle de pri_re n’en a pas besoin._ Selon elle, les projets de minaret _manent de cercles conservateurs: _Ils veulent rester entre eux et imposer leur diff_rence. Ils demandent toujours plus _ la soci_t_, et ne sont pas pr_ts _ donner eux aussi quelque chose et _ ouvrir la voie _ une confrontation des arguments. La population suisse ressent ce refus de faire un pas vers elle, et je comprends que certains aient peur. Je ne parle pas bien s_r des partis qui exploitent ces craintes._ _Ce N’est Pas Un Coup De Force, Juste Un _l_ment D’architecture_ La mosqu_e du Petit-Saconnex _ Gen_ve a, d_s sa construction en 1978, _t_ dot_e d’un minaret. Le porte-parole du Centre islamique genevois, Hafid Ouardiri, revient sur ce symbole de l’islam. Propos recueillis par Philippe Miauton A Wangen, l’_rection d’un minaret suscite la crainte. Selon vous, est-ce la symbolique de l’islam ou la possibilit_ donn_e _ un muezzin d’y faire son appel quotidien _ la pri_re qui g_n_re cette lev_e de boucliers? Hafid Ouardiri: Tout d’abord je tiens _ pr_ciser que le minaret, comme une _glise poss_de son clocher, est une partie int_grante de l’architecture d’une mosqu_e. Dans la zone industrielle de Wangen, il s’inscrit surtout comme signe distinctif et de rassemblement. A propos des craintes, elles _manent avant tout de minorit_s qui r_agissent par ignorance. Dans la mesure o_ en Suisse, il n’y a pas de restriction _ exprimer sa foi et que ce symbole de l’islam n’est pas un coup de force mais un _l_ment architectural, il n’y a pas de crainte _ avoir. – La construction de cette tour est-elle assortie en Suisse d’une interdiction d’appel _ la pri_re par l’entremise d’un muezzin ou de haut-parleurs? – Dans le cas de Gen_ve, la mosqu_e, inaugur_e par le pr_sident de la Conf_d_ration de l’_poque, n’a connu aucune restriction. La seule condition formul_e alors concernait plut_t des soucis d’urbanisme. Le minaret ne devait pas d_passer les immeubles avoisinants. Par ailleurs, au Petit-Saconnex, l’appel _ la pri_re ne se fait que dans le patio de l’_difice. – Comptez-vous dans un avenir proche effectuer cet appel du haut du minaret? – Rien ne nous l’interdirait, quand bien m_me nous allons maintenir pour le moment ce rituel dans le patio de la mosqu_e. En cas de changement d’habitude, le muezzin pourrait faire son appel _ voix humaine, sans microphone. Pour nous, le respect du voisin est primordial. Nous n’avons pour l’instant eu aucune plainte. Notre int_gration _ Gen_ve est en tous points remarquable. – A vos yeux, un tel proc_d_ ne pourrait-il pas heurter la population? – Une nouvelle fois, dans la mesure o_ la tranquillit_ du voisinage n’est pas atteinte, cet aspect traditionnel ne doit pas offusquer les gens. Cela ne repr_sente qu’un _l_ment de l’islam parmi tant d’autres. Il n’y a aucune revendication dans cet acte. – Comment juger la situation interconfessionnelle en Suisse? – Nous sommes _ Gen_ve, comme dans toute la Suisse, bien lotis au vu de la situation internationale. La pluralit_ confessionnelle domine. Il faut continuer _ cultiver cette ouverture. Les m_mes r_gles et les m_mes lois sont valables pour tous. Dans ce cadre, la construction d’un minaret ne devrait pas susciter autant de r_actions.