France Resists Ethnic Census

Contrary to certain Anglo-Saxon countries, France has historically refused to count its ethnic minorities, on the principle, engraved in the Constitution, that the Republic only recognises citizens “without distinction of origin, race or religion.” The Europe-wide debate over this rationale began in the 1990s, and the failure of the French model of integration gave new weight to arguments in favour of collecting data on dates of naturalisation, responders’ own and parents’ county of origin, and other attributes relating to racial and ethnic origins. The debate overstepped its EU-France boundaries, and began to rage within the French government. {(continued below in French)} La controverse, qui n’agitait gu_re que les d_mographes, a pris de l’ampleur _ partir de la fin des ann_es 1990, lorsque les pouvoirs publics fran_ais – sous la pression des instances europ_ennes – ont affich_ leur volont_ de combattre les discriminations. En mettant en _vidence les failles du “mod_le fran_ais d’int_gration”, ce combat a indirectement contribu_ _ nourrir des plaidoyers pour la reconnaissance des minorit_s dites “visibles”. Jusque dans l’outil statistique, o_ elles sont justement invisibles : “Il existe une source sp_cifique d’in_galit_s, qui est li_e _ l’origine ethnique et raciale. La strat_gie fran_aise d’indiff_renciation compromet l’observation et l’analyse des discriminations”, souligne ainsi Patrick Simon, chercheur _ l’Institut national des _tudes d_mographiques (INED). Le sujet divise au sommet de l’Etat. Dans le prolongement de son plaidoyer pour la discrimination positive, Nicolas Sarkozy s’est clairement prononc_ pour le comptage ethnique. “Je n’ai toujours pas compris pourquoi certains trouvent choquant que l’on r_pertorie en France les cat_gories de populations selon leur origine. (…) Si l’on refuse de reconna_tre la composition de la soci_t_ fran_aise, comment pourrons-nous int_grer ceux _ qui l’on nie leurs sp_cificit_s et leur identit_ ! Cela n’a aucun sens !”, s’est exclam_ le ministre de l’int_rieur, mardi 2 mai, lors de l’examen par les d_put_s de son texte sur l’immigration. Se posant en d_fenseurs du “mod_le r_publicain”, le chef de l’Etat et le premier ministre ont rejet_ toute initiative en ce sens. Ainsi ont-ils obtenu, d_but mars, le retrait d’un amendement s_natorial – adopt_ par les commissions des lois et des affaires sociales – visant _ ce que soit _tabli “un cadre de r_f_rence comprenant une typologie des groupes de personnes susceptibles d’_tre discrimin_es en raison de leurs origines raciales ou ethniques”. Ce “cadre de r_f_rence” devait _tre destin_ _ “mesurer la diversit_ des origines” dans les administrations et les entreprises de plus de 150 salari_s. Le d_bat, qui est intervenu _ l’occasion de l’examen du projet de loi sur l’_galit_ des chances, a tourn_ court. Par l’entremise du s_nateur (UMP) de Paris, Roger Romani, l’Elys_e a fait conna_tre son veto. Quant aux vell_it_s du ministre de l’emploi, Jean-Louis Borloo, et du ministre d_l_gu_ _ l’_galit_ des chances, Azouz Begag, qui s’_taient montr_s ouverts sur cette question, elles ont _t_ balay_es par un arbitrage de Matignon. Pour freiner ce mouvement, Jacques Chirac peut aussi compter sur Louis Schweitzer, qu’il a nomm_ _ la pr_sidence de la Haute Autorit_ de lutte contre les discriminations (Halde). Pour l’ancien directeur de cabinet de Laurent Fabius, le comptage ethnique est une m_thode “lourde de risques”, parce qu’elle ” nourrit une logique de s_paration de communaut_s”. “C’est l’histoire de la poule et de l’oeuf”, r_plique Jean-Ren_ Lecerf, s_nateur (UMP) du Nord et coauteur de l’amendement sur le “cadre de r_f_rence”. “Ce sont les discriminations qui nourrissent le communautarisme, et non l’inverse”, affirme-t-il. “Ignorer la r_alit_ des discriminations est un danger bien plus redoutable pour la France que le communautarisme”, rench_rit Roger Fauroux, ancien pr_sident du Haut Conseil _ l’int_gration et auteur d’un rapport sur “la lutte contre les discriminations ethniques dans le domaine de l’emploi”. Pour lui, le testing et le CV anonyme – des “outils majeurs”, selon M. Schweitzer – ne sont que des “m_thodes d_tourn_es”, que l’on utilise parce qu'”on ne veut pas regarder la r_alit_ en face”. Certains des plus fervents partisans du mod_le r_publicain en viennent eux-m_mes _ douter. “Lorsque le type d’application de mod_le conduit _ l’inefficacit_ et fabrique des exclus, je ne suis pas s_r que la fid_lit_ aux grands principes ait un sens”, affirmait le premier pr_sident de la Cour des comptes, Philippe S_guin, dans un entretien au Monde du 23 f_vrier, o_ il se montrait ouvert _ une forme de recensement par origine ou nationalit_, sous r_serve de confidentialit_. Le d_bat est _galement ouvert au sein des communaut_s religieuses. Alors que le souvenir des fichiers juifs de l’Occupation p_se lourdement sur ce d_bat, le pr_sident du Conseil repr_sentatif des institutions juives de France (CRIF), Roger Cukierman, s’est dit favorable _ l’instauration de cat_gories religieuses dans le recensement fran_ais. “J’estime que nous avons besoin d’informations. L’ignorance est mauvaise conseill_re et favorise les pr_jug_s”, a-t-il affirm_ dans un entretien au Figaro Magazine du 2 juin, tout en pr_cisant que ce “sujet complexe divise la communaut_ juive de France”. A l’inverse, le pr_sident du Conseil fran_ais du culte musulman (CFCM), Dalil Boubakeur, s’est d_clar_ r_solument hostile _ une telle r_forme : “Vouloir caract_riser les gens par leur religion, c’est se tromper de temps et de R_publique.” Pr_sident du Conseil repr_sentatif des associations noires (CRAN), cr?_ le 26 novembre 2005, Patrick Loz_s entend pour sa part se d_finir haut et fort comme “Noir”. “Refuser de prendre en compte la population noire dans les statistiques de l’Insee, c’est faire comme si elle ne comptait pas”, soutient-il. Si la couleur de la peau appara_t bien comme un facteur de discrimination, les Fran_ais d’outre-mer ne semblent pas pr_ts pour autant _ se ranger dans la m_me “cat_gorie” que leurs concitoyens d’origine africaine. Ce sujet tr_s sensible est l’un des obstacles _ l’instauration d’un comptage ethnique. Il en existe d’autres : “Quel sort r_server aux m_tis, dans une soci_t_ marqu_e par la mondialisation et le m_tissage ?”, s’est interrog_e Bariza Khiari, s_natrice (PS) de Paris, qui redoute, elle aussi, qu’une telle r_forme entra_ne “une communautarisation de la soci_t_”. Le projet du Parti socialiste promet la mise en place d'”un bilan de l’_galit_” dans les grandes entreprises et les administrations. Mais ce dernier n’int_grerait que “des statistiques en fonction du domicile des salari_s”. Compte tenu des fortes r_sistances et r_ticences que susciterait une _ventuelle r_forme, ses partisans revoient leurs ambitions _ la baisse. “On ne peut pas aller plus vite que la soci_t_”, rel_ve Patrick Simon, qui se “contenterait” d_sormais d’un avis de la CNIL permettant de “syst_matiser le recueil des donn_es sur le pays de naissance des parents dans tout l’appareil statistique”. Jean-Baptiste de Montvalon et Laetitia Van Eeckhout